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August 15 Congrès le la Fédération québécoise des Amis de l'orgueLe petit miracle espéré a eu lieu : il a fait beau à Sainte-Anne-de-Beaupré les 11 et 12 août (ou si peu de pluie, qu'on n'en souffle mot!)
Le 10e congrès de la F.Q.A.O. fut un réel succès : une bonne quarantaine de participants venus de tout le Québec se sont retrouvés le 11 août à Sainte-Anne-de-Beaupré sous le signe de l’amitié, à la fois pour l’assemblée générale annuelle et pour la découverte d’instruments de la région. Le soleil s’étant mis de la partie, les congressistes ont pu marier les plaisirs de l’orgue à ceux de la nature et de l’histoire de l’art, en sillonnant les petites routes qui conduisent à Beaupré, à Saint-Joachim et en direction de Cap Tourmente.
En cette année du 350e anniversaire de Sainte-Anne-de-Beaupré, cette assemblée fut aussi l’occasion de procéder au lancement du dernier disque de Pierre Bouchard, réalisé sur les deux orgues de la basilique, et de prendre connaissance des publications et des enregistrements de quelques collègues.
La première activité culturelle du congrès fut la visite guidée des lieux par le père Guy Pilote, recteur de la basilique. L’auditoire fut captivé par sa grande connaissance des moindres détails (mosaïques, sculptures et fresques) ornant la monumentale église haute ainsi que sa crypte. Dans cette dernière, Marie-Hélène Greffard et François Grenier ont interprété avec beaucoup de musicalité quelques pages en solo et à quatre mains. Du haut de sa tribune, Pierre Bouchard, un des trois organistes de la basilique, a donné un solide récital consacré à Bach (Passacaille et fugue), à des extraits du Livre d’orgue de Montréal et à la magnifique pièce de Vierne intitulée Cathédrales, dont il a su recréer toute l’atmosphère mystérieuse. Un grand moment de musique!
La soirée s’est poursuivie à l’Auberge Baker de Château-Richer, un restaurant fort connu de la région, où, durant le souper, la F.Q.A.O. et les Amis de l’Orgue de Québec ont rendu un bel hommage à Claude Lagacé, qui fut organiste à la basilique Notre-Dame de Québec de 1961 à 1993. Homme d’une grande érudition et d’un esprit plein de finesse, Claude Lagacé, du haut de ses 91 ans, nous a régalés de ses souvenirs que l’on souhaite lire bientôt.
Le 12 août, les participants ont eu le plaisir d’entendre, sous le doigts de son titulaire, Vincent Brauer, le très bel orgue à traction mécanique de Karl Wilhelm (1968), situé dans l’église Notre-Dame-du-Rosaire de Beaupré. Quelques découvertes musicales, dont la superbe fantaisie chromatique de Carolus Luython, un contemporain flamand de Sweelinck, et la pittoresque Brebis égarée du basque espagnol Jesús Guridi.
Quelques kilomètres plus loin, visite de l’église historique de Saint-Joachim, datant de 1779 : maître autel signé François Baillairgé, dorures, témoignages d’un important pan d’histoire succédant à la conquête britannique et, pour les congressistes, l’orgue de Napoléon Déry (1885), intact depuis sa construction. Nathalie Gagnon a préparé un très intéressant programme essentiellement consacré aux organistes du Québec, qu’ils s’appellent Gustave Gagnon, Amédée Tremblay (ravissant menuet) ou William Reed. Tout un exploit de sa part, que d’avoir interprété plusieurs œuvres de caractère symphonique sur un seul clavier de sept jeux et 13 notes de pédalier! (photos dans l'album FQAO)
Vers 11 heures, les congressistes se sont rencontrés au domaine Royarnois, un vignoble situé en pleine campagne, sur la route du Cap-Tourmente. Avec amour et fierté, nos hôtes nous expliquent l’implantation en 1993 de leur vigne (photos) et nous font déguster un exquis rosé et un Rouge de Montmorency bien fruité,le tout suivi d’un buffet froid fort copieux.
Sur le chemin du retour, escortés par la pluie, les participants partent pour le Palais Montcalm assister à la présentation par Richard Paré et Hellmuth Wolff de l’orgue positif Wolff de cette belle salle, ainsi qu’à un récital donné par Richard Paré et la violoniste Nicole Trotier.
C’est à la cathédrale anglicane Holy Trinity de Québec que se termine la journée, avec un passionnant récital commenté de Benjamin Waterhouse, consacré à la musique d’orgue anglaise du XVIIIe siècle, interprétée sur le petit orgue English de 1790, acquis en 2004 par la cathédrale pour souligner son bicentenaire, et restauré par Hellmuth Wolff. Une belle occasion de réentendre ce répertoire comme il devait sonner à l’époque (photo).
La dernière activité officielle de ce congrès stimulant a été la projection d’un documentaire montrant l’historique de l’orgue Létourneau du centre Winspear d’Edmonton. Intitulé L’Opus d’Amour, ce film attachant explique comment cet instrument a vu le jour grâce à un don de deux millions de dollars d’un mécène, le docteur Stewart Davis qui voulait, par ce geste, perpétuer la mémoire de sa femme bien-aimée, disparue après 54 ans de mariage. On assiste, fascinés, à la construction, dans les ateliers de Saint-Hyacinthe, et à l’installation, deux ans plus tard, de l’instrument de quatre claviers, pédalier et 96 jeux totalisant 6551 tuyaux. Parallèlement, on suit la gestation conduisant à la création, lors du concert inaugural en 2002, du concerto que Jacques Hétu a écrit pour Rachel Laurin. Touchant et impressionnant.
En prime, ceux qui le désiraient ont été invités par un des carillonneurs de Holy Trinity, à une démonstration de l’art de sonner les cloches. Un rituel, subtil et pas si évident que cela!
De l’avis de tous, ce 10e congrès restera gravé dans les mémoires, pour sa remarquable organisation, son ambiance et son programme passionnant. Merci au comité organisteur, constitué de Robert Poliquin et de Louise Fortin-Bouchard, qui ont accompli un travail colossal, assistés par Nathalie Gagnon, Pierre Bouchard et Claude Beaudry. (I.B.)
August 11 L'été le plus moche depuis 50 ansC'est officiel : 2008, l'année du 400e anniversaire de la fondation de Québec par Champlain, est aussi l'année des records météorologiques : record de neige en hiver et maintenant, record de pluie... Bingo! Il paraît - je n'ai pas fait le calcul - que l'été nous a déjà honorés de 40 jours de pluie et de 400 mm. Un beau chiffre pour un 400e anniversaire, pas vrai? Ma mère avait raison, lorsqu'elle voyait la première pluie d'été tomber avec de grosses bulles sur la rue : " Il va pleuvoir pendant 40 jours" disait-elle avec résignation.
C'est vrai que ce n'est pas réjouissant : traîner le parapluie ( je déteste avoir une main occupée en permanence et m'accrocher dans le "pépin" des gens que je croise) ou l'imper en plastique n'est pas ce qu'il y a de plus agréable, pas plus que de patauger dans les sentiers boueux ou dans l'herbe mouillée lorsqu'on veut sortir de la ville. Mais bon, nous n'avons pas le pouvoir de changer le temps qu'il fait, n'en déplaise aux écologistes, et il faut s'adapter... Lorsqu'il fait beau (un jour ou deux par semaine), je sors mon vélo ou mon sac à pique-nique
J'ai eu cependant beaucoup de chance lors de mes petits déplacements à Châteauguay et à Lac-Bouchette. Il a fait beau, pas trop chaud, pas trop venteux, avec de la pluie la nuit. Ce sera toujours cela de pris. Quant au reste, pour mettre un peu de couleur dans cette grisaille, j'ai sorti ma petite lampe de luminothérapie (les sceptiques seront confondus!) qui accompagne mon petit-déjeuner, et ... j'ai allumé le soir les petites lampes de Noêl qui courent le long des fenêtres de mon bureau et de ma cuisine. Cela m'apporte un peu de fantaisie et j'espère que cela fera sourire mes voisins
Aujourd'hui commence le congrès de la FQAO à Sainte-Anne-de-Beaupré (voir mon calendrier). Peut-être aurons-nous droit à un petit miracle, i.e. à un peu de soleil?
August 10 Retour de Lac-Bouchette - Petite histoire de l'ErmitagePetite histoire de l’Ermitage Saint-Antoine de Lac-Bouchette (par Irène)
J'arrive d'un endroit très spécial, où j'ai passé quelques jours reposants, loin des pluies diluviennes qui s'abattent sur la région de Québec (photos à l'appui!). Je partage donc avec vous le plaisir que j'ai eu de me ressourcer dans ce lieu peu banal. Que mes amis se rassurent : non, je n'ai pas l'intention de me faire "bonne soeur"!
L’histoire de cet ermitage de la belle région du Lac-Saint-Jean est directement reliée à celle de l’abbé Elzéar Delamarre. Né en 1854 près de Québec, il fait ses études à Hébertville (Lac Saint-Jean) où sa famille s’est établie en 1858. Il est ensuite envoyé au Séminaire de Québec puis au Grand Séminaire de Chicoutimi. Ordonné prêtre en 1883, il part pour Rome six ans plus tard afin d’y compléter ses études. En Italie, il découvre la dévotion à Saint-Antoine de Padoue et va la faire conaître à Chicoutimi, où il fonde la congrégation appelée aujourd’hui les Antoniennes de Marie, et bientôt à Lac-Bouchette où il a acquis en 1906 une propriété. Il y fera construire une résidence qu’il appellera son Ermitage et une petite chapelle, San’Tonio. De 1909 à 1917, Son ami, le peintre Charles Huot sera chargé de décorer la chapelle de fresques évoquant la vie et les miracles de Saint-Antoine. Bientôt, le lieu attirera les pèlerins et il faudra construire une chapelle, adjacente à la première. En 1918, Charles Huot peindra le Calvaire, sculpté par Louis Jobin. (voir photos)
Ayant découvert par hasard une grotte sur les lieux de son Ermitage, le père Delamarre décide d’y reproduire celle de Lourdes. Il fera construire par-dessus une petite chapelle – la chapelle Massabielle - inspirée de la basilique de Lourdes (voir photos). Un énorme rocher obstruant les lieux et menaçant de tomber sur la grotte, Elzéar Delamarre demanda à son neveu, l’homme fort de la région, le prodigieux Victor Delamarre, de le déplacer, ce qui fut fait! Une statue de Saint-Michel étant destinée à être posée sur un promontoire difficilement accessible, Victor Delamarre réussira l’exploit de l’installer sur son socle. Les photos de ces exploits difficiles à croire sont présentées dans le petit musée de l’Ermitage.
Au fil des années, l’Ermitage s’enrichira d’un chemin de croix, d’une hôtellerie et d’une Scala Santa, dernier projet de l’abbé Delamarre , mort en1925. Selon ses vœux, les pères capucins se chargeront de la réalisation de cet escalier (voir photos) et bâtiront un monastère, béni en 1948, ainsi qu’une chapelle mariale, construite en 1950 et considérée comme la première église moderne du Québec, avec son toit en demi-cercle rompant avec le néo-roman ou le gothique, son campanile distinct et ses magnifiques vitraux (photos).
De nombreux travaux se poursuivront durant les décennies suivantes, pour donner à l’Ermitage son allure d’aujourd’hui. Saint-Antoine de Padoue, Notre-Dame de Lourdes ont également un compagnon non négligeable : Saint-François d’Assise, si proche de la nature. Un sentier pédestre porte d’ailleurs son nom.
Voir les photos dans ma galerie de photos.
Pour en savoir plus : http://www.st-antoine.org/ http://www.soeursantoniennes.org/delamarre.htm et sur Victor Delamarre : http://www.adat.ca/lac-bouchette/Page_9a_Delamarre.html
August 03 Histoire de famille (6)Le temps file décidément bien vite! J'avais annoncé fin juin la suite de ce récit pour le début de juillet, et nous sommes le 2 août. J'ai eu beaucoup d'articles et de textes à écrire durant tout le mois et j'ai profité du temps pourri de juillet pour avancer mes recherches, et pour faire du vélo et des promenades lors des quelques jours ensoleillés que nous avons eus. Et, je le confesse, j'ai eu un petit blocage pour parler des mes années d'études au Conservatoire de Paris. Rien de grave, seulement comment raconter cinq années calquées sur un même modèle : travail, travail, travail?
Trois années de cours d'histoire de la musique au Conservatoire de Paris, avec le maître Norbert Dufourcq : des années merveilleuses en compagnie d'un brillant orateur, d'un musicien d'une immense culture, passionné et passionnant! Il ne parlait pas que de musique, mais de peinture, de philosophie, de littérature, d'histoire et de société. La musique s'intégrait dans tout un ensemble de faits. Les cours se divisaient en trois blocs : une année consacrée à la musique vocale hors de France, une à la musique instrumentale hors de France et une à la musique française. L'année de mon entrée au Conservatoire, nous avons souligné l'anniversaire de la naissance de Monteverdi (1567) et de la mort de Telemann (1767), l'année de mon concours final : la naissance de François Couperin (1668), de Louis Marchand (1669),le grand organiste, rival de Bach et celle de la mort de Berlioz (1869). Inutile de dire à quel point nous devions être incollables sur ces sujets à la fin de chaque année scolaire. Monteverdi faisait alors figure d'illustre inconnu pour la plupart d'entre nous, et nous savions, de façon plutôt livresque qu'il avait composé l'Orfeo et le Lamento d'Arianna. Inutile de préciser qu'il était devenu pour moi un ami et que, depuis cette année mémorable, je voue à sa musique une admiration sans bornes. Le professeur, mettant l'emphase sur ces compositeurs, sans pour autant sacrifier le reste du programme, je confesse que j'ai tellement étudié leur musique, leur carrière et tous les détails anecdotiques de leur vie, qu'ils sont restés gravés dans ma mémoire et que je peux en parler, pratiquement sans préparation, en tout temps!
Nous avions deux cours de trois heures par semaine au Conservatoire. Pas question d'en manquer un seul (d'ailleurs, après trois absences, c'était automatiquement la porte, sauf raisons vraiment exceptionnelles) en raison de la densité des cours. Dans son élan, le maître oubliait parfois de nous accorder une pause et il ne serait venu à l'esprit de personne d'oser en demander une! C'est dire combien nous étions concentrés. En plus de ces cours magistraux, Marcelle Benoît, la remarquable assistante de Norbert Dufourcq accueillait chez elle, le samedi matin, les élèves qui éprouvaient le besoin d'en apprendre davantage, d'une manière plus didactique. Ces rencontres étaient très appréciées et s'inscrivaient spontanément dans notre horaire.
En dehors des cours, il fallait lire de nombreux ouvrages, écouter,déchiffrer la musique au programme. J'étais passionnée par ce travail et j'avais établi mes quartiers généraux au département de musique de la Bibliothèque nationale, Square Louvois, non loin de la Bourse, des Grands boulevards et de la rue de Richelieu. J'y allais pratiquement tous les jours ouvrables, dévorer les dictionnaires, les biographies, consulter les partitions des oeuvres complètes des plus grands compositeurs. Pour rédiger un travail sur les cantates de Bach, j'ai par exemple épluché TOUTES les cantates publiées dans la monumentale Bach Gesellschaft, une expérience inoubliable, qui s'est étalée sur plusieurs semaines. J'étais sur mon nuage, dans mon univers, heureuse comme jamais! Je rentrais tous les soirs à la maison, exaltée, et je racontais à ma mère tout ce que j'avais appris dans la journée.
Pour chaque concours de fin d'année, Norbert Dufourcq nous donnait une liste de 40 questions à préparer. Nous avions deux épreuves écrites : une avec dix auditions d'extraits ou de mouvements complets de disques à commenter, une avec une question à développer (de mémoire, bien entendu) et une épreuve orale au cours de laquelle, devant un impressionnant jury constitué des sommités musicologiques de l'époque, une question était tirée au sort (parmi les 40) et une, posée par le jury. Je me souviens que pour ma première année, j'avais révisé mes questions (soigneusement préparées, je l'admets) jusqu'à la veille du concours, et je les avais toutes peaufinées, sauf une ... Wagner. Je tombais de fatigue et j'avais récapitulé à fond sa jeunesse, mais, arrivée à Tristan, je suis allée me coucher, me promettant d'y revenir le lendemain matin. Ce que je ne fis pas, allez savoir pourquoi. Lors de l'oral, on me pose une question sur les oratorios de Bach (génial, je nageais comme un poisson dans l'eau après mon expérience dans la Bach Gesellschaft!). tout va comme sur des roulettes, lorsqu'arrive la question suivante : "Mademoiselle, vous avez dix minutes pour nous parler de Wagner". Mon sang ne fit qu'un tour : je pouvais tenir le siège sur n'importe quelle question du programme, et il fallait que je tombe sur ce foutu Wagner!!! Alors je ramassai mes esprits, repris mon calme, et commençai d'une voix sereine et posée : "Richard Wagner est né en 1813 ... " en donnant force détails sur son enfance et sa famille, sur sa découverte de Beethoven, de Weber, de l'opéra, sur ses leçons de musique, ses premiers essais, son mariage, le Vaisseau fantôme. Bref, après dix minutes, les distingués membres du jury se sont regardés, ont dit : "elle possède bien son sujet", m'ont gentiment remerciée d'un "Ce sera tout Mademoiselle, Merci". Ouf!!! Pour mon premier concours d'histoire de la musique au Conservatoire national supérieur de Paris, je me suis classée "première nommée!"
Au terme des trois années d'histoire de la musique, il était possible de s'inscrire en musicologie et, en deux ans, rédiger un mémoire sur un sujet concernant la musique française, choisi avec le maître, ou fortement suggéré par lui. Dans mon cas, ce fut la deuxième option qui me tomba sur la tête. je me voyais déjà faire un brillant mémoire sur un grand compositeur baroque et Norbert Dufourcq me dit ; "Ma petite Irène, je t'ai trouvé un excellent sujet, sur lequel il n'y a pas grand chose d'écrit : Bernard de Bury". Bernard qui??? Un illustre inconnu du règne de Louis XV et de Louis XVI, un de ceux que Dufourcq appelait avec condescendance "un petit maître". Ma consultation des quelques encyclopédies qui lui consacraient quelques paragraphes en venait à cette conclusion : je n'étais pas en train d'exhumer des fonds de tiroirs un génie méconnu qui allait changer le cours de l'histoire de la musique
Une fois le choc absorbé, je me suis mise au travail : Bibliothèque nationale, partitions rares, livre de clavecin publié à l'âge de quinze ans (avec des gaucheries d'écriture, mais de jolies choses), lecture systématique des périodiques de l'époque, des correspondances et des mémoires pour tenter de dénicher des commentaires flatteurs sur "mon" compositeur.
De fil en aiguille, j'ai voulu connaître sa généalogie. Comme il était Versaillais, j'ai fréquenté avec assiduité les documents conservés à la mairie de Versailles et retracé ses ancêtres et ses héritiers. Norbert Dufourcq m'appelait affectueusement "la veuve de Bury".
Le compositeur n'était pas un génie, sa musique était jolie, sans plus et souvent maladroite, mais j'ai tellement appris en effectuant mes recherches : faire un arbre généalogique à partir de documents du XVIIe siècle, consulter des inventaires après décès, partir à la recherche du moindre papier signé de sa main, retracer l'histoire d'une vie, faire le tour de la question. J'ai aussi appris à transcrire des partitions anciennes, à mettre en pratique mes notions d'harmonie pour réaliser des basses continues. J'ai également appris à rédiger un texte, avec rigueur et patience, sans compromis. Lorsque j'avais montré à mon professeur la première esquisse de la biographie de "mon" de Bury, il avait jeté rapide coup d'oeil et m'avait dit : " Mon petit, il faut me recommencer cela". Imaginez la douche froide! Je pensais avoir pondu un chef-d'oeuvre, et j'étais envoyée poliment refaire mes devoirs. Durant trois ans, je n'avais reçu que des éloges et là, je me sentais d'un seul coup coiffée d'un bonnet d'âne! Prête à fondre en larmes, je pris mon courage à deux mains et je demandai timidement : " pouvez-vous me montrer ce qui ne va pas?". Alors, très gentiment, il me dit : "C'est un bon début, mais ici, vous répétez le même mot, là vous affirmez telle chose, sans mentionner vos sources, à tel endroit, vous devriez..., etc." J'ai donc remanié mon texte et eus droit, le mois suivant, à ce commentaire : "Très bien, mon petit, vous ferez un magnifique Premier Prix!" J'ai donc continué mes recherches et ma rédaction soutenue par la généreuse Marcelle.
Mon mémoire, dactyographié par moi en cinq exemplaires, avec papier carbone (et les corrections qu'il fallait faire proprement sur chaque copie lors des fautes de frappe) , les partitions recopiées à la main et photocopiées (ce qui était nouveau) au bureau où travaillait ma mère, tout cela me fait sourire aujourd'hui, alors que nous avons des traitements de texte, des logiciels de notation musicale, des scanners et ce merveilleux outil de recherche et de communication qu'est Internet. Je me propose de mettre en ligne prochainement le fruit de mes recherches.
Munie de mon Premier Prix (équivalent à une maîtrise) j'étais outillée pour la vie... (à suivre) |
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