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June 30 De retour!Je suis de retour, après dix jours à l'Ile Saint-Bernard (Châteauguay). C'est une tradition estivale que je partage avec une grande amie que je n'ai jamais le temps de voir autrement : depuis 1999, nous allons passer quelques jours chez les Soeurs Grises, à l'Île Saint-Bernard, propriété, au XVIIIe siècle, de Marguerite d'Youville. Un lieu rempli d'histoire, de dévotion et de paix. Le monastère, qui abrite encore quelques soeurs, est devenu une hôtellerie et un lieu de ressourcements et de congrès à caractère spirituel.
Située dans l'estuaire de la rivière Châteauguay et donnant sur le lac Saint-Louis, l'Île Saint-Bernard abrite le bâtiment moderne, mais aussi le monastère ancien, le moulin à vent de Marguerite d'Youville, le verger, la réserve faunique, un théâtre d'été (depuis 2006). On y contemple des couchers de soleil magnifiques, en écoutant le clapotis des vagues, le cri des goélands et les pétarades des bateaux à moteurs des plaisanciers (!)
Ici et là, une marmotte fait les cent pas, un héron ou une aigrette flâne sur les berges, à l'affut de quelque poisson imprudent, une cane promène ses canetons tandis que les canards cols-verts se prélassent sur la pelouse. Dans la réserve aux sentiers bien tracés, un cerf pique-nique en toute sérénité, les grenouilles s'entraînent au saut en longueur pour les Jeux olympiques, les couleuvres essayent d'éviter les pas des promeneurs, les hérons prennent leur envol majestueux. La sainte paix !
Comme chaque été, je pars avec une pile de livres, des mots croisés ou du Sudoku, et je m'écrase, seule ou avec mon amie, sur une balançoire de jardin, ou au bord de la piscine. Les heures s'écoulent lentement. Rien ne presse : pas de téléphone, pas d'ordinateur, pas de rendez-vous, pas de courses à faire, pas de repas à préparer ni de vaisselle à laver. La décompression totale, pour quelques jours, et le plaisir de parler à quelques soeurs, toujours bienveillantes et prêtes à nous faire part de leur expérience de vie. Missionnaires, infirmières, enseignantes, créatrices, ces femmes, qui ont été "appelées", parlent avec passion de leur vie, de leur spiritualité et de ce qu'elles ont accompli.
Je vous invite à découvrir mon coin de paradis dans ma section Photos.
June 12 Lancement à Québec du Mouvement Radio-Québec
Lancement à Québec du Mouvement Radio-Québec June 11 Histoire de famillePour lire l'histoire de famille depuis le début, consulter les archives de mai.
Pour les résultats du concours d'orgue de Québec : voir sous Histoire de famille (5).
Histoire de famille (5)Lorsqu'à dix-sept ans, j'entrepris mes études musicales, j'eus l'impression de vivre une crise de boulimie artistique : je voulais tout faire, tout apprendre, tout jouer, tout entendre. Ayant peu d'argent, j'ai eu la chance d'aller souvent au concert, grâce aux billets de faveur, offerts par les professeurs de l'École César Franck, ou donnés aux étudiants en musique quelques heures avant un concert par les sociétés de concerts. J'ai pu ainsi voir et entendre à Paris Marilyn Horne, Otto Klemperer, Leonard Bernstein, David Oïstrakh et tant d'autres merveilleux musiciens.
J'apprenais tant bien que mal le piano et le chant à l'École César Franck mais également, au Conservatoire municipal du XVe arrondissement, le violon, avec un excellent professeur qui ne put malheureusement rien tirer de moi, puisque j'avais 18 ans lorsque je me pris pour Paganini. Elle s'appelait Denise Soriano et elle avait été l'élève et la femme d'un célèbre violoniste, Jules Boucherit, dont elle transmettait le savoir à la jeune génération. Mes efforts violonistiques se sont limités aux gammes et à quelques pièces pour débutants, mais j'ai retenu de ce passage éclair dans le royaume des cordes, la recherche de la perfection et de la beauté du son. Après avoir fait mes adieux aux quatre cordes de mon Stradivarius (une copie, je précise!) acheté par ma mère chez un antiquaire miteux, j'ai été irrésistiblement attirée par l'orgue. Une singulière histoire que mon intérêt pour cet instrument : lorsque j'étais enfant (je devais avoir six ou sept ans), j'avais été terrorrisée en passant un jour devant une église catholique durant des funérailles : le portail était recouvert d'un immense rideau noir orné d'une initiale blanche (celle du nom de famille du défunt) et l'on entendait dans la nef quelque chose de sinistre et de bruyant : un orgue, instrument inconnu dans les églises orthodoxes que je fréquentais alors avec ma mère! Pendant des années, ce magnifique instrument a été pour moi associé à la mort et à la peur qu'elle engendre chez les enfants. Ma mère a dû faire des prouesses pour parvenir plus tard à me faire écouter des disques d'orgue et pour m'emmener à ces concerts d'orgue. Le premier qu'elle acheta était un enregistrement d'Édouard Commette (1883-1967), le grand organiste de la Primatiale Saint-Jean de Lyon, comprenant la Passacaille de Bach et le choral du Veilleur. Côté concerts, je me souviens d'un récital à Saint-Gervais, sur l'orgue des Couperin, donné par son Laurín, dont j'ignorais bien entendu les liens avec Maman. Petit à petit, j'ai pris plaisir à écouter "mon" disque de Bach et à dissocier des pompes funèbres les belles grandes orgues des églises parisiennes.
Un jour, Olivier Alain invita ses élèves d'analyse à lui rendre visite dans la maison familiale de Saint-Germain-en-Laye. C'était un grand privilège que de faire connaissance de l'univers de son père Albert Alain, grand organiste, et de l'endroit qui avait vu grandir les illustres Jehan et Marie-Claire, frère et soeur du directeur de l'École César Franck. C'est sur l'orgue familial que j'ai pour la première fois pris contact avec le Roi des instruments. Olivier Alain invita ceux qui le voulaient à essayer l'orgue construit par Albert Alain. Je me suis assise et j'ai joué au pédalier ... le thème de la Passacaille de Bach dont je me nourrissais avec le disque d'Édouard Commette! Olivier Alain eut son petit sourire en coin habituel et me dit "Bien ... Vous devrier faire de l'orgue". J'avais subitement des ailes aux talons et très rapidement, je me suis incrite dans la classe d'orgue du Conservatoire du XIVe arrondissement. Le professeur s'appelait Micheline Lagache, une femme d'une grande gentillesse et une musicienne accomplie. Elle comptait parmi ses professeurs Jean Langlais et Marcel Dupré. Le cours se donnait sur un harmonium à pédalier sur lequel j'ai appris les rudiments de la technique de l'orgue. Comme notre professeur était titulaire de l'orgue Clicquot de Notre-Dame-des-Victoires, les examens avaient lieu, pour le plus grand bonheur de la classe, sur ce bel instrument classique français. Les cours avec Micheline Lagache étaient un vrai plaisir et, pour la première fois de ma vie, j'avais vraiment hâte de pratiquer et d'aller à un cours d'instrument. J'ai renoué, il y a quelques années avec Jacques, un des bons camarades de l'époque. Je l'ai retrouvé grâce à Internet et nous échangeons régulièrement des courriels. J'ai également eu le plaisir de le rencontrer deux fois à Paris et d'évoquer avec lui le "bon vieux temps" de nos études et des cours de Micheline, décédée il y a quelques années.
Lorsque je vois la relative facilité qu'ont les jeunes organistes québécois à se trouver un instrument de pratique ou à bénéficier de ceux de leurs institutions musicales (conservatoire ou faculté de musique), cela me fait réaliser à quel point mes études et celles de plusieurs de mes camarades tenaient de l'héroïsme. Pour 5 francs de l'heure (un dollar à l'époque), il était possible de louer deux petits instruments à traction mécanique, l'un situé dans un temple protestant (rue du Bac) et l'autre, dans la sacristie de l'église Saint-Sulpice. Mon maigre budget ne me permettait que de louer trois ou quatre heures par semaine et je devais me contenter de mon piano pour le reste de mon apprentissage. Par chance, une des élèves de la classe dénicha une église protestante en banlieue de Paris (à Montrouge) qui acceptait de louer meilleur marché que les deux autres églises et qui nous engagea par rotation pour jouer le dimanche au culte. Nous étions alors rémunérés et en plus, avions le droit, durant la semaine qui précédait "notre" dimanche, de pratiquer gratuitement. Seul petit désagrément : l'hiver, il faisait très froid et humide et nous avons souvent dû garder les bottes, les gants et le manteau!
J'ai fait de l'orgue durant environ quatre ans, jusqu'à mon mariage, d'abord avec Micheline Lagache, puis, pas très longtemps, avec Geneviève de la Salle, à l'École César Franck. Ayant déménagé chez Claude, rue de Léningrad, et préparant intensément mon mémoire de concours de musicologie, je ne pouvais me disperser et j'ai dû renoncer à mes pratiques en banlieue et bientôt, à l'orgue, tout simplement. En m'installant à Québec, une nouvelle vie commençait et je n'ai pas eu le courage de faire des démarches pour pratiquer mon instrument préféré. Aujourd'hui, je me battrais tellement je regrette de n'avoir pas persévéré. J'ai recommencé une trentaine d'années plus tard, à zéro. Ce fut très difficile mais, têtue comme je suis, j'ai osé participer à des concerts de professeurs et, depuis deux ans, je suis organiste dans l'adorable petite église anglicane Saint-Michael (arrondissement de Sillery, à Québec, voir photos dans mon album), et j'en suis très heureuse. Je suis guidée depuis quelques années par un remarquable professeur et interprète, Danny Belisle, grâce à la patience duquel je progresse à mon rythme, solidement encadrée par une bonne méthode de travail. (À suivre)
June 01 5 juin : Concours d'orgue de Québec !
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