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April 25 C'est le printemps !Çà y est, le « vrai » printemps est arrivé : l'érable rouge qui est devant ma fenêtre a sorti ses bourgeons le lendemain du Jour de la Terre. Il est toujours le premier, dans le jardin, à saluer le renouveau de la nature. Dans quelques jours, les autres vont se réveiller et très bientôt, l'hiver sera un vieux souvenir. Bien sûr, il neigeait encore ce matin dans le Nord du Québec, me dit la météo, mais en ce qui nous concerne, dans la Vieille Capitale, il est permis de penser que c'est fini, jusqu'en novembre prochain. La pelouse verdit à vue d'oeil. Dans les maisons unifamiliales de mon secteur, les jacinthes rivalisent de couleur avec les crocus. Ce matin, par habitude, j'ai mis mon manteau de demi-saison, matelassé. J'avais oublié de regarder le thermomètre
Je me sens renaître.
April 24 Le bon parler ...Mon petit coup de dent va aujourd'hui à nos journalistes québécois de la radio et de la télévision. Depuis quelques années, ils ont pris une singulière habitude : celle d'utiliser à tort et à travers « du côté de », cette expression que je trouve un peu rustique (je nuance!) ayant remplacé dans leur vocabulaire deux petites prépositions pourtant bien commodes : « à » et » en » (et, par extension, « dans »).
Si bien que les bulletins de nouvelles sont inévitablement farcis de phrases du genre :
« Il pleut du côté de Québec.» (du côté seulement, donc pas à Québec?).
« Le carambolage a eu lieu du côté de l'Autoroute 20 » (dans un champ bouseux, peut-être?)
« Cela s'est passé du côté de l'Europe » (oh, que cela sonne plouc!), et pourquoi pas en Europe? Il me semble que c'est assez précis...
J'ai déjà essayé de passer gentiment le message à quelques annonceurs. Peine perdue. Un tic verbal, c'est difficile à rectifier April 22 Le Jour de la Terre : j'ai mal à la Terre!C'était aujourd'hui le Jour de la Terre. Fallait-il pavoiser et fêter Gaïa comme on fête nos mères, une fois par année seulement? Notre petite planète bleue a plutôt grise mine et n'a peut-être pas le coeur à souffler les bougies de son gâteau de fête, avec ses eaux polluées, ses terres épuisées par les produits chimiques et les pesticides, et je ne parle pas de son atmosphère! Pour un peu, Dame la Terre pourrait reprendre à son compte la célèbre tirade d'Arletty (Hôtel du Nord) : « Atmosphère, atmosphère, est-ce que j'ai une gueule d'atmosphère? » Je lis dans le journal que notre beau et grand pays, le Canada, vient de battre son record d'émission de gaz à effet de serre. Aïe!
Ce matin, comme tout le monde, j'ai pris mon auto. J'aurais bien utilisé les transports en commun, qui se résument dans la Vieille capitale en autobus, mais il n'y en avait pas pour ma destination.
J'ai lu mon journal, lourd comme une encyclopédie, et qui ira ce soir remplir le bac à recyclage. Ah! pour apaiser la conscience, je ne l'ai pas acheté (je ne l'achète plus depuis des années, je le parcours sur le Web), mais je l'ai feuilleté dans un petit café de mon centre commercial. J'en ai profité pour acheter une nouvelle clé USB : emballée dans une coquille de plastique inviolable et coincée entre deux cartons épais! Cela me prendrait une scie pour déballer ma clé. Les ciseaux n'y arrivent pas.
À l'épicerie, j'ai trouvé mes fruits et légumes préférés emballés trois fois plutôt qu'une, dans un plateau en styromousse dans lequel on a déposé une barquette en plastique (!), le tout étant enveloppé de plusieurs couches de pellicule transparente. Le jour de la Terre! Tiens donc... Ce même jour de la Terre, une chaîne d'alimentation a décidé de faire payer 5 cents à ses clients pour les sacs d'emballage de plastique qu'elle leur fournit. Le but est louable : il faut sensibiliser les consommateurs au fait que les sacs en plastique mettent je ne sais combien de siècles à se décomposer. Comme la plupart des clients utilisaient leurs sacs d'épicerie pour emballer leurs déchets domestiques, il devront désormais acheter des sacs à poubelle, qui sont ... en plastique.
De plus en plus souvent, on voit les acheteurs se promener avec leur sac à provisions réutilisable, vendu à bas prix dans les grands magasins. Cela me rappelle un fait plutôt cocasse : lorsque je suis arrivée au Québec, il y a près de 40 ans, je magasinais avec mon grand sac parisien, comme cela se faisait depuis belle lurette en Europe. Mes amis se payaient ma tête et les emballeurs à l'épicerie me disaient : « Madame, utilisez donc nos sacs en plastique ou en papier. Ils sont gratuits et nous sommes habitués à y mettre la nourriture de façon pratique». On ajoutait parfois : « Vous nous faites perdre du temps avec votre sac ».
Beaucoup d'efforts sont faits pour nous aider à respecter l'environnement et à recycler ce qui peut l'être. Seulement voilà : si chaque propriétaire et chaque immeuble résidentiel possède ses bacs de recyclage, combien de personnes bien intentionnées envoient dans le bac des contenants alimentaires non lavés, des bouteilles de vin qui sentent le fond de tonne, des emballages non recyclables? Ces objets contaminent le bac pavé de bonnes intentions et le rendent non recyclable, donc bon pour l'incinérateur. Et que dire des piles jetables et des appareils électroniques que l'on jette au moindre bogue (»Madame, à ce prix-là, cela ne vaut pas la peine de le réparer, achetez-en un autre») : « Il ne faut surtout pas les jeter dans la poubelle, claironnent les environnementalistes, mais les apporter dans un centre de recyclage » (les piles, pas les environnementalistes
Tout cela pour vous dire qu'il n'est pas facile de vouloir sauver la Terre de ce merdier dans lequel on l'a plongée. Nos gestes positifs et nos bonnes intentions sont souvent pleins de paradoxes et de contradictions.
Alors, bonne fête quand même, ma belle petite planète, la seule que je connaisse. Tu me nourris, tu me permets de vivre, de rêver et de m'épanouir. Si chacun d'entre nous fait quelque chose pour t'aider, peut-être finirons-nous par te guérir?
April 19 PâquesEt voilà! Je suis arrivée à Pâques, comme tout le monde. Pardon? Avec une semaine de retard, dites-vous? Oui et non... De par mes origines, je fête tout en double : la Pâque de mes concitoyens (dimanche dernier) et la Pâque orthodoxe, qui, cette année, est aujourd'hui, et que j'ai soulignée très discrètement, sans tambours ni trompettes (il faut dire que je me tiens assez loin de la communauté russe de Québec).
Depuis que je suis organiste dans ma ravissante petite église anglicane Saint-Michael, et surtout cette année, je vis très intensément le Carême, la Semaine Sainte et la fête de la Résurrection. Pourquoi? Parce que la musique que je prépare chaque semaine me fait réfléchir et me transporte dans un univers à la fois contemplatif (répertoire plus intériorisé) et plein d'espérance (jusqu'à la Résurrection, que j'ai saluée avec l'Alléluia du Messie de Haendel), qui s'harmonise avec les lectures dominicales et les homélies pleines de sensibilité de notre curé. Être à la fois organiste et paroissienne me permet de participer pleinement à cette longue période qui conduit au retour à la vie. Cet automne, j'étais en quelque sorte rentrée dans ma bulle, volontairement, dans une sorte d'hibernation sociale, tout en écrivant sans relâche les nombreux articles que j'avais en chantier (et on appelle cela la "retraite", hum!) et en donnant des conférences. À Pâques, je renais, comme les brins d'herbe sur la pelouse, ou les crocus dans les jardins de mes voisins. Je me rapproche de mes amis, régénérée après cette période de repli, vitale pour moi. Certes, j'ai rencontré beaucoup de gens intéressants cet hiver, par le biais de mes conférences mais, une fois ces activités accomplies, on se perd souvent de vue jusqu'à la prochaine fois et alors, je retombe dans ma douce hibernation. Cela me fait penser aux pères du Désert qui, au IVe siècle, allaient dans les villes porter la bonne nouvelle (et parler du Christ) et retournaient ensuite prier et méditer dans leur caverne (bon, d'accord, je ne suis pas un vieil ermite qui redoute les tentations, mais j'aime cette image : être à la fois dans le monde et à l'écart
Le début de la Semaine Sainte a été un peu difficile cette année : le 6 avril était le 3e anniversaire du décès de ma chère Maman Vally. Je pensais que les années atténueraient la peine. Mais non : certes, la vie continue, mais le vide subsiste et durant des jours, en mars, j'ai songé avec une certaine angoisse à cette date que je voudrais rayer du calendrier. J'ai rappelé cet anniversaire à quelques amis, surtout à ceux qui avaient été très proches d'elle. Fort peu ont répondu : pas le temps, sans doute, ou simplement ... "Bof!" Et cela m'a fait un petit pincement au coeur. Mais j'ai compris que cela fait aussi partie de la vie : garder nos chers disparus dans notre coeur et ne pas trop déranger les autres avec.
Quand j'ai le coeur un peu gros, comme ce fut le cas récemment (voir ci-dessus), généralement, je me "soigne" en écoutant du Handel : cela fonctionne à tout coup.
J'ai mis en ligne (ci-dessous) ce choeur magnifique. Puisse-t-il vous faire du bien
Sanctus de la Messe en si mineur de BachCet extrait illustre mes propos de ce jour
Enregistré à Saint-Thomas de Leipzig (l'église où Bach fut Cantor durant 27 ans), avec l'orchestre du Gewandhaus et le Kammerchor de Leipzig, dir. Herbert Blomstedt. |
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