Irène's profileBienvenue chez IrènePhotosBlogListsMore Tools Help

Blog


    March 15

    Les gens qui en font trop

    Mes amis que me lisent ont dû trouver le temps long : rien de neuf dans mon blog depuis le 20 janvier... J'ai l'impression de me répéter chaque fois que j'ouvre cette page : le temps passe, et  s'évanouit, que dis-je, me file entre les doigts, comme l'eau d'une cascade printanière.
     
    Il s'est passé beaucoup de choses en fait depuis mon anniversaire, qui était aussi le jour de l'assermentation de Barak Obama. Le 27 janvier, jour anniversaire de la naissance de Mozart, j'ai donné une conférence sur ma mère, Vally Zéléna, au Club culturel du Québec métropolitain. Une expérience qui aurait été, émotivement parlant, au dessus de mes forces, il y a encore quelques mois (mon deuil a été très long et douloureux) et qui m'a paru naturelle et sereine, en grande partie grâce à ce blog, que j'ai conçu d'abord en pensant à elle. Raconter ma mère à travers ses livres et aussi, comme je l'ai perçue, c'était un peu comme lui redonner la vie. 
     
    Depuis le début de février, je donne des conférences ayant pour sujet "Pour une approche moderne de l'opéra d'hier " et j'écris énormément : des articles, des programmes de concerts.
     
    Voilà qui explique mes infidélités épistolaires.
     
    En cette période de Carême, que je vis pour la première fois intensément - merci à mon curé, le Père Bruce - mais sans austérité, je me délecte d'un livre dans lequel il ne manque que ma photo : Clin d'oeil Les gens qui en font trop, de Bryan E. Robinson. Ce livre décrit bien des comportements compulsifs dont nous sommes souvent atteints : mettre ses priorités dans le travail, dans les autres, s'épuiser, s'oublier  complètement au risque de mettre sa santé et son harmonie en péril, passer à côté des "vraies choses", surcharger son agenda... Je croyais que j'avais pris ma retraite et voilà que je travaille presque plus qu'avant? Il était temps que je me réveille!
     
    Un paragraphe de ce bouquin salutaire m'a frappée : " Il est difficile de réaliser que l'on s'engage dans quelque chose de trop difficile pour nous, ou de dire non parce qu'on ne sait pas où fixer ses limites. Souvent, nous sacrifions nos propres besoins parce que nous considérons que ceux des autres sont plus importants. Nous avons tellement l'habitude de faire ce que les autres attendent de nous que nous ne savons plus ce que nous voulons ni ce dont nous avons besoin" (p. 72-73). Ce que les autres attendent de nous ... Tout un contrat! Parfois, j'ai l'impression - et je ne dois pas être la seule - d'être la soeur jumelle du Figaro de Rossini (Largo al factotum, avec son "Un' a la volta, per carità!). Alors j'ai commencé à élaguer. Ceux qui me reprochaient "d'en faire trop" font un peu la grimace lorsque j'annonce mon repli stratégique : "Qu'allons-nous faire si tu nous lâches?" me disent-ils. Ce à quoi je leur réponds que les cimetières sont remplis de personnes indispensables Sourire
     
    Quel lien entre ce bouquin et le Carême ? Une certaine forme de renoncement ( au lieu du jeûne alimentaire, un jeûne d'activités tentaculaires), l'humilité d'admettre mes limites et de prendre conscience de ce que j'ai vraiment envie de faire pour rester active. Comme on fait son ménage de printemps, je fais l'inventaire de ce qui me tient à coeur et de ce que j'ai négligé. J'aime donner des conférences, communiquer et échanger avec les gens, leur apporter quelque chose, un sujet de réflexion, une émotion. J'aime écrire, même si l'exercice me semble souvent douloureux. Cette semaine, en travaillant sur un article (la suite du Romantisme musical à Québec) je suis retournée aux Archives de l'université Laval, consulter un fonds musical. Je n'ai pas vu le temps passer : je manipulais avec passion des documents concernant le musicien sur lequel je fais des recherches, mon article prenait forme dans ma tête, et j'ai revécu toute l'excitation de mes années de Conservatoire à Paris, lorsque je ratissais les archives municipales de Versailles à la recherche de "mon" De Bury (sujet de mon concours de musicologie, voir Histoire de famille). J'aime toujours autant l'orgue, qui est comme une soupape de sureté qui me change les idées. Ce que j'ai négligé? Le plaisir quotidien d'une bonne promenade, à pied ou en raquettes dans notre belle neige, ou de téléphoner à certain(e)s ami(e)s. Sur ce dernier point, certains ont profité de mon "manque de temps" de ces dernières années (la belle excuse!) pour me larguer. Tant pis. Il me reste ceux qui ont été patients, compréhensifs, ou encore plus occupés que moi. Les vrais amis...